Thierry Jean Gilles Le Luron né à Paris, le 2 Avril 1952, à 4h45 du matin, n'a guère l'occasion de voir son père, capitaine au long cours, lui-même fils de gardien de phare.
La famille, qui habite avenue d'Italie, comprend en plus de la mère un frère, Renaud, et une demi-s½ur, Martine (née Riquier).
L'enfant calme s'amuse surtout avec les petites voitures. Ses études débutent au cours Frémiot-de-Chantal avenue d'Italie. S'il préfère le français, l'histoire et l'instruction religieuse, il éxécute en chantant des dessins pour sa maman ravie, qui éduque ses enfants dans l'ordre et la discipline.
Elle consacre souvent les dimanches aux visites de musées et de châteaux.
Tout jeune, Thierry est attiré par le spectacle. Chaque Jeudi, il va avec les siens au cinéma de l'avenue Choisy, ou au théâtre pour enfants de Roland Pilain. Un jour, il remporte un concours à la question prémonitoire: "Quel est le nombre de spectateurs?" A Radio Luxembourg, astucieux, il en gagne un autre.
"Il chante comme Guétary", disent les voisins. Les vacances, passées en Bretagne, patrie de son père, souvent dans une ferme amie font connaitre au petit Parisien les animaux de la basse-cour.
Comme la télévision est encore balbutiante, il suit à la radio ainsi que tous les gamins d'alors, le feuilleton de Zappy Max qui conte les aventures de l'infâme Kurt Von Strafenberg.
Il fait sa huitième à l'école communale du XIII ème, rue Fagon: il découvre à la récréation, les batailles et les gros mots. La famille déménage ensuite à Bagneux; il fréquente l'école Sarrail, avant d'aller au lycée Lakanal de Sceaux, où il se rend impeccable, en blazer bleu marine, pantalon de flanelle, chemise blanche et cravate club.
Au Week-end, il revêt la tenue de scout, suivant le filière traditionnelle : louveteaux, rangers, pionniers. C'est ainsi qu'à 14 ans, il fait le tour du mont Blanc à pied, divertissant ses camarades avec ses dons d'imitateur qu'il cultive continuellement. Le judo devient son dérivatif et sa passion (peut-être cela sert-il à le décomplexer de sa petite taille); il réussit à devenir ceinture noire. L'assurance acquise lui permet ainsi de savourer les premières joies physiques de l'amour avec une fille sémillante, plus agée que lui.
Auditeur assidu de la radio, il s'exerce chaque jour à imiter Aznavour, Dalida, Sacha Distel, Annie Cordy ou Gilbert Bécaud. A l'occasion, il va les applaudir et leur demande des autographes.
Son oreille éxceptionelle sait bien retenir le timbre de leur voix, qu'il peut réstituer ensuite avec aisance. Avec un orchestre de jeunes, ils forment le groupe des "rats crevés". Ils se produisent dans les banlieues des environs et un jour, Aimable l'accordéoniste lui propose de l'embaucher comme chanteur.
A dix-sept ans, il remporte le concours d'amateurs au casino de Perros-Guirec, et décide d'arrêter ses études. Hélas, le prix n'était qu'un leurre.
Obstiné, il écrit à tous les professionnels, ne reçoit aucune réponse mais poursuit ses recherches. Finalement, l'échelle de Jacob lui promet un engagement, s'il fait ses preuves en province. En novembre 1969 à Calais, Thierry, embauché à l'Oasis, modeste cabaret, s'initie à administrer de bolées de bois vert.
A son insu, sa mère l'inscrit au "Jeu de la chance". Il triomphe en chantant l'air de la Calomnie du barbier de Seville. En Février 1970, à la télévision, son hommage à Jean Nohain, avec la voix de Chaban-Delmas, décide l'échelle de Jacob à l'engager, au cachet de 30 francs par jour.
C'est là qu'il prend l'habitude de se coucher vers 5 heures du matin.
Puis, les tournées d'été l'acceuillent et lui apprennent les pratiques, parfois curieuses, des organisateurs et des imprésarios... Mais il ne se laisse pas faire.
En octobre 1970, il débute avec succès à Bobino, en lever de rideau de Pierre Perret. Toutes les critiques saluent ce jeune imitateur, qui innove en mêlant
imitation et actualité politique: le ministère patraque de Chaban-Delmas déchaine l'hilarité. Simultanément, il se produit en plus au théâtre du Dix-Heures, au Don Camillo et à
l'Echelle-de-Jacob. On l'engage ensuite à Bruxelles puis en vedette Anglaise à l'Olympia.
Le disque Olmpia 71 se vend à 300 000 exemplaires! Aussitôt après, il part en tournée avec Claude François.
En mars 1972, Bobino l'engage pour trois semaines. Dans toute l'histoire du music hall, c'est la première fois qu'un imitateur est tête d'affiche. Il y reste deux mois. Son disque passe en tête du hit-parade devant Brassens et Ferrat.
A vingt ans, le petit Le Luron devenu star fréquente les vedettes et se lie d'amitié avec Jacques Chazot, Fernand Raynaud et surtout Régine,
dans son cabaret New-Jimmy.
Ses cachets bénéficient de cette progression. L'académie Charles Cros lui décerne le grand prix du disque.Il en profite pour fêter son anniversaire en invitant cinq cents personnes à l'Alcazar, qu'il loue pour un soir.
La vie de noctambule lui plait. Rencontrer dans les boites des amis comme Johnny Hallyday est son grand plaisir. Il côtoie parfois chez Lipp, dont il est l'habitué, ses "têtes de Turc" telle Alice Sapritch, qui, désarmées par son charme, souvent lui pardonnent.
Pendant sept mois, son émission Le Luron du dimanche bat tous les records, grâce à l'énorme faculté qu'il a d'improviser.
Le 12 février 1974,devant tout le monde politique qu'il brocarde sans arrêt, il joue à l'Elysée, étant ainsi le dernier à faire Rire Georges Pompidou avant sa mort, quarante cinq jours plus tard.Il surprend en attirant cinq mille personnes en 1976, sous un chapiteau aux Tuileries. Il fait même du Théâtre entre deux galas à l'Olympia.
Toutes les villes de France l'ovationnent. Le succès l'accompagne aussi à Istambul, en Belgique et en Afrique. Et sa carrière continue, toujours brillante: il épouse Coluche en grande pompe (1985) et crée le personnage de Glandu.
Est-ce cette rage de gagner qui épuise le fantaisiste? A-t-il trop brulé la vie? Pour la première fois de sa carrière, le voilà privé de son dynamisme habituel. Son show au Gymnase se transforme en calvaire. Il tombe malade. Cancer. Grâce à son incroyable volonté, Thierry résiste. Un séjour dans une clinique américaine lui redonne espoir. Après une rémission, la maladie reste la plus forte, il décède le 13 novembre 1986 à l'hôtel Crillon, agé de 34 ans.
Devant la France entière boulversée, tous les grands du spectacle assisstèrent aux obsèques, de même que ceux de la politique : François Léotard, Raymond Barre et Jacques Chirac.
J'espère que la visite de ce blog vous a plu. Merci encore et à bientôt!
Marjorie